
Nous abordons aujourd’hui un sujet sensible, et à haut risque de polémique. Notre intention ici n’est ni de dénoncer, ni de stigmatiser. Simplement d’informer, et d’inviter à la réflexion individuelle et collective.
On vous embarque dans nos préoccupations ?
Le contexte
Compte-tenu des conditions météorologiques des derniers mois et de la sécheresse particulièrement intense que nous avons subie, le bassin versant du Doux a été placé en crise depuis le 9 juillet dernier (ce 17 septembre, on y est toujours… et probablement encore pour un moment, au vu des faibles précipitations prévues sur les prochaines semaines).
Ce niveau maximal est assorti d’un certain nombre de mesures de restriction de l’usage de l’eau, qui concernent aussi bien les particuliers, les agriculteurs, les professionnels… que les collectivités.
Le détail de ces restrictions est fixé par arrêté préfectoral, et détaillé sur vigieau.gouv.fr.
Parmi elles, on trouve : l’interdiction de l’arrosage des terrains de sport.
Or, par arrêté du 14 août, et sur demande de la mairie de Saint-Péray, une dérogation a été accordée par la Préfecture pour permettre l’arrosage des terrains de foot de la Plaine, dans des conditions bien précises :
- Seulement deux jours par semaine et sur des plages horaires réduites (les lundis et jeudis de 22h à 6h)
- Avec un volume d’eau maximal journalier et hebdomadaire à respecter (max 90 m3/jour et 450 m3/semaine).
(Si quelqu’un comprend le sens de ce second seuil compte-tenu de la précédente condition… ayez la gentillesse de nous expliquer, parce que nous, on ne voit pas.)
Par comparaison, la consommation moyenne d’un.e français.e est d’environ 55 m3/an.
Donc 90 m3/j cela correspond (à la louche) à la consommation journalière de 600 habitant.e.s. Pas tout-à-fait anodin.
Pourquoi cette dérogation ?
Interpellés sur cette demande, les élus de la majorité s’expliquent ainsi : une pelouse non arrosée est une pelouse qui meurt, et qui doit être remplacée entièrement ; ce qui représenterait des coûts conséquents pour la collectivité (de l’ordre de 70 à 100 000 €).
En outre, avec la rentrée scolaire en perspective, avoir un terrain non utilisable aurait probablement suscité un certain désappointement auprès des adhérents du club désireux de rechausser leurs crampons (rappelons que le RCF est une des associations les plus importantes du territoire, et compte plus de 500 licencié.e.s).
Les questions que cela nous pose
Cette situation nous évoque les dégradations de terrains de golf qui ont eu lieu sur plusieurs greens en France pendant l’été. (Certes, la dimension sociale en moins.)
Mais le sujet de fond reste le même : face à la raréfaction de ce bien commun qu’est la ressource en eau, quels arbitrages nous faudra-t-il réaliser ?
On vous livre au passage un autre élément de contexte : la récente introduction dans le cahier des charges de l’AOC Saint-Péray de la possibilité d’irriguer les vignes. Irrigation bien évidemment interdite en période de crise par les mesures préfectorales… à moins d’une dérogation.
(NB : Soyons clairs, à notre connaissance, il n’y a eu aucune demande en ce sens ; c’est une simple conjecture pour inviter à la réflexion… et anticiper une situation qui pourrait se produire.)
Autrement dit, entre :
- des joueurs de foot, qui veulent pouvoir s’entraîner,
- des vignerons qui aimeraient utiliser leur système d’irrigation récemment installé,
- des agriculteurs qui voient leur production souffrir,
- des particuliers qui aimeraient mettre à niveau leur piscine (s’ils.elles en ont une), ou tout simplement boire et se laver dans leur maison (si vous pensez que ce scénario catastrophe est une pure fiction, on vous rappelle qu’il concerne à ce jour 64000 habitant.e.s de France métropolitaine et on ne parle pas de la situation insupportable des territoires d’Outre-Mer),
- et encore d’autres acteurs et d’autres usages…
Si nous avons des choix à faire, lesquels feront nous ?
(Ou lesquels nous seront imposés ?)
La question est loin d’être simple, et conduira dans tous les cas à des renoncements douloureux.
Les retarder ou les réduire autant que possible (par exemple via le projet « Mialan 365 » porté par la CCRC) est une nécessité.
Instaurer un dialogue citoyen pour que ces arbitrages soient faits sans nuire à la cohésion sociale sur notre territoire nous semble en être une autre.
Et cela commence par informer et responsabiliser les citoyen.ne.s et les acteurs du territoire sur le sujet.
Post-Scriptum
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