
Cet article vous propose un récit en 3 actes d’un petit moment de vie politique locale, qui s’est joué ces dernières semaines.
Matheux ou littéraires, ce format devrait permettre à tou.te.s d’y trouver leur compte !
Prologue : le cadre
Ce vendredi 5 juin s’est tenu un Conseil Municipal dont l’ordre du jour incluait la désignation, par et parmi les élus, des 15 délégués (comprendre « grands électeurs ») qui voteront aux prochaines élections sénatoriales, à l’automne.

Le cadre imposé pour cette désignation : un scrutin de listes à la proportionnelle et à la plus forte moyenne.
Acte 1 : Demander (avec insistance) une liste panachée
Un rapide calcul réalisé en amont nous a permis de faire le constat suivant : si, comme « attendu », chaque groupe du Conseil Municipal constitue sa propre liste, et chacun « vote pour soi », la représentativité des 15 délégué.e.s Saint-Pérollais.es en serait… biaisée.

Entendons-nous : ce « biais » est directement lié aux règles de notre démocratie, et en premier lieu à la prime majoritaire qui impacte significativement la constitution du Conseil Municipal, au profit de la liste arrivée en tête du scrutin.
Pour être parfaitement légale, cette situation en est-elle pour autant souhaitable ? À nos yeux, il s’agit d’une faille de notre démocratie, que Flore s’est employée à mettre en lumière.
Cette faille a déjà été contournée par d’autres communes par le passé, comme à Eybens en 2023, via la constitution d’une liste unique, panachée entre les groupes, avec un nombre de sièges proportionnel au nombre de voix obtenues aux municipales.
Flore a donc proposé une telle option (ce qui aurait conduit à conserver 11 sièges sur 15 pour la majorité, à en accorder 3 au groupe d’Agnès Quentin-Nodin, et 1 à notre élue).
La réponse de la mairie :
« Les Saint-Pérollais ont clairement confié une large majorité à l’équipe municipale actuelle, lui donnant mandat pour représenter la commune dans les différentes instances, dont la désignation des délégués sénatoriaux. Les sénateurs étant des représentants des collectivités au niveau départemental et national, il est cohérent que cette représentation reflète ce choix démocratique. Dans ce cadre, il n’est pas envisagé de constituer une liste unique qui viendrait modifier les équilibres issus du scrutin municipal. »
Déconcertée par cette réponse, Flore est remontée au créneau en Commission préparatoire au Conseil Municipal, camemberts à l’appui, pour argumenter sur la question de la représentation et de la démocratie.
Peine perdue – la réponse est restée négative.
Acte 2 : Tenter une alliance des oppositions
À défaut de pouvoir constituer une liste unique, Flore s’est tournée vers l’autre groupe minoritaire. En effet, avec leurs 4 voix unies, Saint-Péray Vision d’avenir et Saint-Péray est à vous pouvaient obtenir 2 postes de délégués sur les 15.
Une liste commune entre les oppositions aurait permis d’en attribuer un à chaque groupe, et de représenter ainsi toutes les sensibilités politiques des Saint-Pérollais.es.
Mais, là aussi, Flore a essuyé un refus, au motif d’éviter l’amalgame entre les oppositions.
Acte 3 : Surprendre avec l’usage du seul pouvoir restant
À ce stade, l’absence de liste commune étant actée, Flore n’avait plus qu’une carte en main : choisir ce qu’elle allait faire de son vote.
En votant pour elle-même, le résultat final était le même qu’en s’abstenant ou en votant pour la liste portée par Frédéric Gerland : accorder un siège à la majorité.
En votant pour l’autre groupe minoritaire, elle leur permettait d’obtenir un siège de plus.
Flore a fait le choix d’un vote pragmatique plutôt que symbolique.
En accordant un autre siège de délégué à la liste « Saint-Péray Vision d’avenir », elle persiste à suivre la boussole qui l’a guidée tout au long de ces discussions : le souci d’une représentation aussi fidèle que possible de la diversité des opinions politiques des Saint-Pérollaises et Saint-Pérollais.

Flore l’a exprimé en Conseil Municipal à l’issue du vote : ce choix ne constitue AUCUNEMENT une caution du projet politique porté par Agnès Quentin-Nodin.
C’est un choix de cohérence. Un choix qui défend une certaine vision de la démocratie : la plus représentative possible, ouverte aux minorités et aux débats.
Épilogue
Si cette posture a été saluée par de nombreux témoins du Conseil Municipal, et en premier lieu les élus de Saint-Péray Vision d’avenir, qui lui ont reconnu un certain « panache« , force est de constater que le message n’a pas été entendu par tou.te.s.
En effet, malgré toutes les explications, les présentations, les prises de parole publiques… bref, malgré toute la pédagogie employée pour faire comprendre cette posture et les valeurs qui la sous-tendent, certains élus majoritaires semblent toujours peiner à en accepter les ressorts, et préférer y voir une stratégie politicienne (on se demande d’ailleurs bien dans quel but).
Que retiendront les Saint-Pérollais.es de ce petit moment politique ?
Soyons honnêtes : pour la plupart d’entre elles.eux, absolument rien, car ils.elles n’en auront tout simplement pas entendu parler. Mais pour les rares qui auront eu un écho de cet épisode, ils.elles en retiendront probablement la version qu’ils.elles ont entendue, sans creuser plus avant*.
Et le constat de cet épisode est peut-être là : au-delà des valeurs et des débats, la politique se joue aussi et surtout dans la communication et dans le discours qui saura occuper l’espace médiatique.
* Cela s’applique donc aussi à vous, lecteur.rice.s de cet article : n’hésitez pas à questionner ce qu’on vous raconte ici, à confronter les sources, et à faire fonctionner votre esprit critique, y compris vis-à-vis de Saint-Péray Est À Vous !


